Propulsé PDG du verrier picard il y a trente ans, il l’a transformé en colosse industriel. Saverglass rayonne désormais jusque sur le continent américain.

Cette fois, il en est sûr, ce sera la bonne. A tout juste soixante-dix ans, Loïc Quentin de Gromard est sur le point de transmettre à Jean-Marc Arrambourg la présidence exécutive de Saverglass, le groupe verrier auquel il aura consacré plus de trente ans de sa vie professionnelle. Et dont il est parvenu à faire le leader mondial de sa spécialité : les bouteilles de luxe pour spiritueux et vins fins.

Fin 1984, à son arrivée dans la société basée à Feuquières (Oise), les choses n’ont rien d’acquis. Tous les voyants de ce symbole de l’empire Desjonquères, connu sous le nom de Société Autonome de Verreries, sont au rouge. Ses pertes cumulées à 2 millions menacent à court terme la survie du verrier.

Redressement express et changement de nom

Loïc Quentin de Gromard, ingénieur passé sur les bancs de l’IAE Paris et de l’Ensae Executive, se voit confier l’élaboration d’un plan de la dernière chance. Sa stratégie approuvée, le voilà propulsé PDG de la société, qu’il redresse au forceps. Il arrête un des deux fours et licencie 30 personnes en les reclassant presque toutes. Un programme d’investissement de 1,5 million d’euros reçoit l’assentiment des actionnaires et des banques.

L’objectif est alors de se concentrer uniquement sur la fabrication, puis la décoration de bouteilles de luxe, un créneau émergent. Dès 1985, l’entreprise restructurée enregistre un modeste bénéfice. Suffisant, en tout cas, pour convaincre les actionnaires d’investir, en 1988, 20 millions d’euros – un montant égal au chiffre d’affaires ! – pour doubler la capacité de production. Symbole de ce renouveau : le groupe change de nom et devient Saverglass. Pour Loïc Quentin de Gromard, c’est aussi l’occasion de mettre en pratique son éthique du management, centrée sur l’association et le respect des collaborateurs. « Dès 1985, nous avons mis en place un contrat d’intéressement, mesure alors très innovante, pour associer les 260 collaborateurs aux progrès de l’entreprise », se remémore-t-il.

Concentration sur les bouteilles de spiritueux

Dans les années qui suivent, le groupe engage un programme de création de capacités nouvelles et de filiales à l’étranger. Pour le mener, trois opérations de financement en LBO sont menées avec le fonds Natixis Industrie, puis Astorg aux côtés des cadres du groupe, et enfin avec l’américain Carlyle, associé à quelque 300 collaborateurs.

Le plan de développement est un succès et permet à Saverglass d’accéder au rang de leader mondial sur le créneau des flacons premium avec une part de marché de 64 %. De 1986 à 2016, sa production de verre est passée de 20.000 à 410.000 tonnes, soit quelque 700 millions de bouteilles et carafes de luxe fabriquées dans les quatre usines du groupe. Côté décor, 170 millions d’opérations sont réalisées dans les trois unités françaises. Le groupe pèse environ 3.000 emplois, dont 2.500 en France.

A l’international, après s’être implanté aux Emirats arabes unis, le groupe a investi 120 millions dans une usine, à Guadalajara, au Mexique. Intégrant une unité ultramoderne de décor, l’unité de production mexicaine, démarrée en juin 2018, doit conforter la position de Saverglass sur le marché américain des spiritueux haut de gamme, la tequila notamment. Avec cinq usines et quatre unités de décor, le verrier va franchir la barre symbolique des 500 millions de chiffre d’affaires.

Les autres lauréats du Prix de l’Entrepreneur de l’année 2018 en Nord de France

Dans les catégories réservées aux jeunes pousses, le prix de la start-up est revenu à Clément Ray, Aude Guo, Bastien Oggeri et Guillaume Gras (InnovaFeed) , celui de la stratégie disruptive à Rémi Lengaigne (Colisweb) et celui du « born global » à Arnaud Muller (Saagie).

PRIX DE L’ENTREPRISE GLOBALE

Socarenam vogue sur les grands navires

Entré dans les années 1980, comme préparateur en bureau d’études au sein de  Socarenam , Philippe Gobert a pris, vingt ans plus tard, le gouvernail de l’entreprise spécialisée dans la construction navale. Nommé directeur général, puis président, il finit par acquérir, via une opération de LBO, 75 % du capital. A sa tête, il n’a pas tardé à modifier le cap de l’entreprise pour l’orienter vers la construction de grands navires à forte valeur ajoutée. Grâce à la reprise d’un chantier à Saint-Malo et à l’ouverture d’un atelier à Etaples-sur-mer, Socarenam se positionne désormais dans le Top 5 des chantiers français de construction navale. Socarenam emploie 190 personnes et réalise 60 millions d’euros de chiffre d’affaires.

PRIX DE LA VISION STRATEGIQUE

Morphosis valorise la mine urbaine

Fondée en 2007 par Serge Kimbel, ingénieur de formation passé par le Groupe Suez, la  société Morphosis est un leader de la valorisation des métaux précieux issus des déchets électroniques. Cette société innovante a été l’une des premières à intégrer toute la chaîne du retraitement des déchets électriques et électroniques en France. Chaque année, elle traite 8.000 tonnes de déchets issus de l’informatique, de l’électronique ou de la téléphonie. A partir de son siège du Havre, Morphosis mène une stratégie offensive à l’international où il réalise désormais 85 % de son chiffre d’affaires.

PRIX DE L’ENTREPRISE FAMILIALE

Champagne Billecart-Salmon

A la tête de la Maison Billecart-Salmon, François et Mathieu Roland-Billecart entretiennent la passion, vieille de deux cents ans, de leur famille pour le champagne. Ils sont les représentants respectifs de la sixième et septième génération… La maison s’est taillé une solide réputation sur le secteur des vins haut de gamme, servis par une parfaite maîtrise des techniques de vinification et de vieillissement. Basée à Mareuil-sur-Ay (Marne), la maison réalise un chiffre d’affaires de plus de 60 millions d’euros et est représentée dans 80 pays environ.

PRIX DE L’ENGAGEMENT SOCIETAL

Urbilog et Compéthance donnent accès au digital

Après s’être rencontrés chez Urbilog, une société spécialisée dans l’accessibilité numérique, Mathieu Froidure et Pascal Cacheux ont créé, en 2017, Compéthance, un acteur innovant de la prestation informatique en régie. Au sein de ces deux entreprises, ils développent des outils innovants pour rendre l’univers digital accessible aux personnes en situation de handicap. Avec 26 salariés, dont 17 en situation de handicap, les deux entrepreneurs ont accompagné une centaine de structures dans la mise en place de programmes numériques, dont les principales banques et ministères français.

PRIX COUP DE COEUR DU JURY

Groupe Lempereur

Autodidacte, mais passionné, Jean-Paul Lempereur est parvenu – en deux décennies  – à bâtir l’un des principaux réseaux de distribution automobile de l’ex-bassin minier du Nord. 25 % des voiture qui y sont désormais vendues sortent d’une des vingt concessions du groupe. Distribuant une douzaine de marques, le groupe Lempereur réalise un chiffre d’affaires de près de 200 millions d’euros et emploie quelque 350 personnes. Désireux de favoriser la réussite de chacun, Jean-Paul Lempereur a créé une école de formation dédiés aux métiers de l’automobile. Elle a accueilli 32 élèves à la rentrée 2018.

Publié le 05 octobre 2018 Source les Echos par Guillaume Roussange

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